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Soutien scolaire et école : La violence en école maternelle






La violence en école maternelle

Par Laurence Janot

Maître de conférence à l’IUFM d’Aquitaine



(notes de Marie-Hélène Oustalé)


La violence au lycée, au collège et à l’école élémentaire est connue et étudiée.
En revanche, il existe très peu d’études sur la violence à l’école maternelle, même au niveau international.


3 chapitres :

1. définition de la violence

2. les profils chez les enfants

3. rôle de l’enseignant




1. Définition de la violence


Force brutale contre quelqu’un

Contrainte physique ou morale



Dans l’étymologie du terme :
Violence > civilisation, civisme… +

> incivilité, victime…

La société d’aujourd’hui est gouvernée par la peur et la violence. Le 11/09/01 a mis en œuvre un langage politique « guerrier ».

L’autre devient un ennemi à combattre plutôt qu’un adversaire à controverser par la parole.

Henri Depardieu parle de « désorganisation brutale d’une organisation personnelle et individuelle »



Attention de ne pas caractériser tout fait et geste comme violent.
Trouver un juste milieu entre la « mise en intérêt » de l’agresseur et l’oubli de la victime.



Du point de vue historique nous sommes passés de la « peur de l’enfant » à « l’enfant Roi » :
Antiquité : l’enfant représente un terrible danger car il ne se tient pas debout et le langage n’existe pas.
Jusqu’au XIXème siècle, on assiste au dressage de l’enfant pour le rendre adulte le plus vite possible ( ex. : travail des enfants )

Dans les campagnes, le mode éducatif était basé sur la liberté et les combats rituels, expériences risquées et collectives ( cf. la guerre des boutons ). Ce genre d’expérience ne serait plus possible aujourd’hui car les enfants n’ont plus d’espace de liberté.
Fin du XIX, début XXème, l’innocence enfantine apparaît dans les couches aisées de la population ( protection de l’enfant contre les agressions ). Le pauvre n’a pas besoin d’éducation.

XXème :

- la socialisation entre pairs devient nocive ( jouer dans la rue avec d’autres enfants du quartier )


- châtiments corporels interdits

- l’idéal de la société est entré à l’école : dès qu’il y a de la violence, peur du retour de la « sauvagerie ».



La violence/décadence est souvent mise sur le compte de la démission parentale, de l’absence du père mais pas seulement ; il existe 4 facteurs :


- raison psychophysiologique : l’enfant hyperactif peut avoir des comportements violents. Des recherches récentes démontrent l’existence d’une possibilité physiologique à l’hyperactivité.
Raison psychologique : causes familiales

- Raison sociale : chômage, exclusion, mono-parentalité si elle est associée au reste
- Environnement : quartier, fréquentations ( lié au facteur social )

- Institutionnel : école/enseignant




2. Profils des enfants



Hubert Montagné « En finir avec la violence à l’école »

Daniel Gayé « Côté cour, côté classe »



4 profils chez les enfants :

- les leaders : comportement d’apaisement, structurés socialement ( représentent la majorité des enfants )

- les auto-centrés : à l’écart, gestes particuliers très fréquents, se focalisent sur un endroit de leur corps ( mèche tournicotée, doigt dans le nez… ). Difficulté à se tourner vers l’extérieur. Muets et immobiles en classe, déficit dans le recueil d’informations.
Ils sont des victimes potentielles.

- les insécurisés : peur de tout, sur la défensive, inconsolables pour des broutilles. Signes d’autoprotection : se déplacent sans arrêt dans la cour de récréation, vont vers les pairs mais sont rejetés, agressés. Si l’insécurité augmente ( remontrance ou autre ), ils perdent leur capacité visuelle et auditive.

- Les agresseurs souvent frappés chez eux et vont frapper à leur tour pour être moins faibles, gagner en force intérieure. Capacités visuelle et auditive fluctuantes. Ils sont dans l’action pour l’action, gesticulent, poussent des cris. Ils donnent peu de réponses adaptés à l’enseignant. > observations sur des aires de jeux : leur maman est peu interventionniste sauf pour des broutilles ( disproportion )



Peu d’étude sur le rôle des pères dans la violence des enfants.




Origine du mot « victime »

Le terme remonte au XVIè siècle : « victima » : animal destiné au sacrifice ; vient du grec « tima ».

Au XVII prend le sens de « subir un préjudice par le fait de quelqu’un.



Origine du terme « Bouc Emissaire »

Le terme de bouc émissaire correspond à l'origine à un rite expiatoire annuel des Hébreux longuement décrit dans le seizième chapitre du Lévitique. Le grand prêtre devait prendre deux boucs puis les tirer au sort. L'un était directement sacrifié à Dieu, tandis que l'autre était envoyé dans le désert vers Azazel, démon sauvage, sans doute un ange déchu, dont le nom signifie dieu-bouc. C'est ce deuxième bouc qui est appelé bouc émissaire, du latin ecclésiastique caper emissarius (le bouc envoyé, lâché). Le rôle exact du bouc émissaire est clairement décrit dans le texte biblique :


« Aaron lui posera les deux mains sur la tête et confessera à sa charge toutes les fautes des Israélites, toutes leurs transgressions et tous leurs péchés. Après en avoir ainsi chargé la tête du bouc, il l'enverra au désert sous la conduite d'un homme qui se tiendra prêt, et le bouc emportera sur lui toutes leurs fautes en un lieu aride. » (Lévitique XVI:21-22)


Le Bouc émissaire, en portant les fautes des autres, écarte les malheurs…



On constate une aggravation au Collège.

En 10 ans, on est passé du 1 contre 1 au un groupe contre 1. Il y a une intensification. S’il n’y a pas de prise en charge de la victime, il y a 5 fois plus de possibilité de suicide.

Il faut s’intéresser au Pourquoi de la victimisation d’un tel ou un tel.



La victime est choisie en fonction de sa culture, de sa religion ou de son physique. Mais elle-même peut devenir agresseur pour retrouver de la force.




3. Rôle des enseignants


C’est le pari très difficile de la pédagogie.



I. Expérience :



A Eysines, en maternelle, intervention de professionnels pour apprendre à régler des conflits physiques ou verbaux. Philippe Lacadée a fait le pari du retour au langage :

- faire circuler la parole lors de « réunions » encadrées par des professionnels extérieurs à l’école, avec les enfants. C’est une façon de mettre de la distance entre l’acte violent et ses conséquences.

- L’observation faisant suite à ces réunions a permis de constater cette prise de conscience de la violence par les enfants.



Jacques Lacan, en théorie psychanalytique, parle de dislocation du corps dans l’intellectuel du P section. La conscience du Moi en son entier est le fruit d’une longue structuration ( miroir = vision de Soi ).

Intégrer cette réalité de se concevoir dans son « entier » peut déclencher une violence envers l’autre que l’on perçoit aussi dans son intégrité ( similitude avec le changement de perception du corps chez l’adolescent ).
Ne pas confondre Violence avec un problème qui peut être passager, lié à l’évolution normale dans le « grandir ».



II. Les signes




- refus des consignes

- retard à la mise au travail

- fait des remarques aux autres

- fréquemment en colère, boudeur



Ca ne doit pas s’installer dans la durée sinon intervention de l’enseignant.




Observer :

Dans la cour, pour repérer les défauts de compétences sociales > facteur de risques ( cf. 4 profils )
Pendant l’accueil.



La place du jeu :

Le monde enfantin est très dur : tyrannie, dépendance, rejet ; tout cela ne pourrait être vécu par les adultes.

A

près 3 ans, le jeu mature la discipline.

L’aspect émotionnel est très important > communiquer ses émotions vers le monde extérieur.
L’Emotion vient avant la Raison.

Défi : apprendre à gérer ses émotions ( effet de la non-gestion : guerre )



Jouer :
avec soi-même

Avec soi-même

Avec l’autre



L’enseignant/le parent doit être la tierce personne pour expliquer, mettre en mot la violence perçue à la TV, à la récré, à la maison…



Jeu = respect des règles, du matériel. L’enseignant doit être le garant du cadre, de la sécurité, être le tiers.

Le jeu doit être un retour au calme intérieur, à la concentration…



Pour Béatrice Bourdin, le jeu développe beaucoup plus le langage que la lecture d’un livre par l’adulte référent.

Le jeu permet de modifier le statut de l’enfant en difficulté, de lui rendre sa place, de le mettre en valeur dans le cadre de l’institution, par le biais de jeux libres où il peut démontrer sa vivacité, sa socialisation, sa curiosité.



Qui dit « jeu » dit adversaire mais aussi partenaire pour construire et donc considérer l’Autre comme un Individu Positif.



Reconsidérer la notion de perdre et de gagner. Ne pas jouer « contre » mais « avec ». Je perds mais je joue et j’ai besoin de l’autre pour pouvoir jouer.



Rendre sa place au jeu dans toutes les sections de maternelle.



Exemple du système éducatif finlandais ( dont le taux de réussite est équivalent au japonais ) :
Pas de programme ni d’évaluation jusqu’à 15 ans ! pas de redoublement, pas d’évaluation, pas de compétitivité.

Travail autour d’un projet éducatif individuel.



Au Japon, c’est tout le contraire, les résultats sont les mêmes mais le taux de suicide y est très élevé chez les enfants et adolescents.




Sécuriser :


Pendant le temps d’accueil = aménagement du rythme de l’enfant ; transition milieu familial/école.
L’enseignant doit être, durant ce temps, un accompagnateur, avoir une autre relation avec les enfants.
Ce temps sécurise les « agresseurs »temps paisible où des activités de re-centration permettent de sortir de la relation conflictuelle avec les autres.



Attention à l’étiquetage ! donner à voir à l’enfant ses côtés positifs, il en a forcément, en partenariat avec les parents, les collègues, les enfants, pour qu’il puisse construire une image positive de lui-même.



Pouvoir amener un enfant difficile dans la classe d’un collègue mais en le lui disant de manière constructive.



Pour pouvoir sécuriser un enfant, il faut soi-même être clair avec ses propres émotions.



Intervenir :


Ne pas intervenir face à un enfant revient à le nier.



Conseils de Cazanova :


- injonction à cesser / dédramatisation

- un seul signe peut suffire

- solliciter sa parole : « Maintenant, qu’est-ce qu’on fait ? » ce qui amène à une responsabilisation de ses actes.

Attention à l’injonction paradoxale : on ne connaît pas toute l’histoire du geste ou des mots violents, donc, ne pas demander à ce que l’enfant s’excuse car, soit pas conscience du geste, soit pas compréhension de l’excuse.



Si pas de réponse à la question posée au-dessus,

• demander une réparation immédiate > le mettre en position de devenir collaborateur/partenaire de la victime.

• Geste interdit, mise à l’écart du groupe



- réponse physique : neutraliser les « combattants ».












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